Repas prêts à manger d’épicerie : difficile de faire des choix éclairés
Les plats de prêt-à-manger vendus en épicerie sont plus populaires que jamais et les sections qui leur sont consacrées s’agrandissent. En 2025, ce marché devrait atteindre 10 milliards de dollars au Canada, selon l’Université Dalhousie. Mais la clientèle se retrouve devant un manque de données essentielles pour pouvoir comparer les produits. Si le tableau de la valeur nutritive (TVN), un outil important pour faire des choix éclairés en alimentation, est obligatoire sur l’étiquette de la plupart des aliments emballés, dont les repas surgelés ou confectionnés à l’extérieur, il ne l’est pas sur les repas prêts à manger préparés en épicerie. Parmi quatre pâtés chinois, par exemple, lequel contient le moins de sel, de sucre ou de matières grasses? Impossible à savoir. Comme nous n’avons aucune donnée quant aux valeurs nutritionnelles de certains de ces repas tout faits, cela peut donner l’impression qu’ils sont aussi nutritifs que s’ils avaient été faits maison. Mais c’est une illusion, prévient Véronique Provencher, spécialiste en nutrition et en santé publique. Parmi ces quatre choix de pâtés chinois, lequel contient le moins de sel, de sucre ou de matières grasses? Impossible à savoir. Photo : Radio-Canada / L'épicerie Lorsque le règlement concernant l’étiquetage nutritionnel a été publié, en 2002, Santé Canada a choisi d’accorder une exemption aux épiciers parce qu’il leur était difficile de produire des tableaux précis avec des recettes variables préparées en magasin. Ce qu’il faut savoir, c’est que ces repas peuvent parfois être concoctés à partir d’aliments invendus pour éviter de jeter de la nourriture et pour permettre aux détaillants d’en retirer un certain revenu. Leur normalisation est alors limitée. Mais aujourd’hui, l’offre a tellement augmenté que les chaînes d’alimentation se sont mises à produire des plats à partir de recettes standardisées, c’est-à-dire avec les mêmes ingrédients et les mêmes quantités. De plus, une grande proportion de ces produits vendus dans les succursales des grandes enseignes sont maintenant préparés par des sous-traitants qui exécutent des recettes standardisées. Étant donné que les repas sont cuisinés sur place, bien qu’ils aient été préparés par une autre entreprise, les épiciers continuent de bénéficier de l’exemption de Santé Canada et n’ont pas à afficher de tableau de la valeur nutritive, contrairement aux marques qui produisent le même type de repas dans un autre lieu. Pour Véronique Provencher, il y a deux poids, deux mesures. Véronique Provencher, directrice scientifique de l’Observatoire de la qualité de l’offre alimentaire de l’École de nutrition de l’Université Laval Photo : Radio-Canada / L'épicerie Selon Pierre-Alexandre Blouin, président-directeur général de l’Association des détaillants en alimentation du Québec (ADAQ), dans le contexte actuel, produire des tableaux de la valeur nutritive est complexe et entraîne des coûts. Si le règlement actuel prive le consommateur d’une information importante, ce sera encore plus critique en 2026, lorsqu’une icône de loupe devra être ajoutée sur le contenant des repas principaux préemballés dépassant 30 % de la valeur quotidienne recommandée en gras saturés, en sucre ou en sodium. Les produits confectionnés ailleurs qu’à l’épicerie seront donc tenus d’afficher la loupe, mais pas les produits prêts à manger, et ce, même s’ils dépassent 30 % de sodium, de sucre et de matières grasses. En 2026, une icône de loupe devra être ajoutée sur le contenant des repas principaux préemballés dépassant 30 % de la valeur quotidienne recommandée en gras saturés, en sucre ou en sodium. Photo : Radio-Canada / L'épicerie Véronique Provencher est convaincue que les consommateurs pourraient faire un choix plus éclairé si tous les produits affichaient leurs valeurs nutritionnelles. Ce sont des informations précieuses pour la clientèle en général, et particulièrement pour ceux et celles qui ont des problèmes de santé particuliers, dit-elle. Certaines épiceries vont au-delà de la réglementation et indiquent le tableau de la valeur nutritive sur leurs repas prêts à manger préparés sur place. Photo : Radio-Canada / L'épicerie Même si ce n’est pas imposé par Santé Canada, certains plats cuisinés sur place affichent tout de même le tableau de la valeur nutritive. Chez Avril, une chaîne québécoise indépendante, tous les plats préparés afficheront un TVN au cours de la prochaine année pour répondre à un besoin exprimé par les clients. On est en train de changer nos équipements pour y arriver. On va voir une certaine standardisation partout. Il y a de petits obstacles qui, mis ensemble, génèrent beaucoup de travail, mais ça en vaut la peine. Chez Provigo, le virage est aussi amorcé. Dans une de ses épiceries, située à l’île des Sœurs, tous les plats cuisinés affichent le tableau de la valeur nutritive et on affirme qu’il en est de même dans les autres succursales, même si ce n’est pas imposé par Santé Canada. Chez Provigo, le virage est amorcé : tous les plats cuisinés affichent le tableau de la valeur nutritive. Photo : Radio-Canada / L'épicerie Ailleurs au pays, la chaîne ontarienne Farm Boy a aussi choisi d’afficher des TVN sur ses produits. Comment expliquer que les grandes chaînes d’alimentation ne soient pas en mesure de fournir ces informations sur leurs produits? Metro dit respecter la réglementation actuelle et IGA ne s’avance pas sur son échéancier à ce sujet. Santé Canada n’envisage pas de modifier cet aspect du règlement, mais avec les recettes de plus en plus standardisées et ce marché en pleine expansion, l’heure est-elle venue de repenser la réglementation pour mieux répondre aux besoins des consommateurs? Si on impose, pour chacune des recettes, de faire la démarche de valeur nutritionnelle, on décourage un peu le détaillant d'offrir ces produits. C'est toute une question d'équilibre des avantages, des inconvénients. Évidemment, sur des recettes qui sont standardisées, c'est quelque chose qui pourrait fort probablement être fait. L’ADAQ pourrait-elle s’opposer à un changement de réglementation? La spécialiste en nutrition et en santé publique Véronique Provencher croit que la réglementation devrait être adaptée aux commerçants. Avec les informations de Caroline Lacroix et de Julie PerreaultS’il y a des produits pour lesquels il y a l'information nutritionnelle et qu’il y a un autre produit très similaire qui n’a aucune information, on peut se dire que ce dernier est meilleur. Mais ce n’est peut-être pas du tout le cas; on n'a pas l'information pour pouvoir en juger
, explique Mme Provencher, directrice scientifique de l’Observatoire de la qualité de l’offre alimentaire de l’École de nutrition de l’Université Laval.
Des recettes de plus en plus standardisées
Ça peut être plus à l'avantage du produit qui a l'exemption parce qu'il n’a pas besoin d'indiquer que c'est riche en sodium, riche en gras saturés, tandis que l'autre est obligé de l'indiquer
, souligne-t-elle.
Sur certaines recettes, ce sera peut-être possible, mais ça représenterait une charge très importante pour le commerçant s’il fallait couvrir l'ensemble des produits qui sont préparés en magasin. Oui, certains produits sont standardisés avec une recette plus prédéterminée, mais dans d'autres cas, ça va être complètement au goût du moment, avec peut-être des invendus qu'on a en plus grande quantité une semaine donnée
, explique-t-il.
On pense par exemple aux gens qui sont diabétiques ou qui font de l'hypertension; il faut qu'ils surveillent de façon plus précise la quantité de sel, la quantité aussi de sucre dans leur alimentation. Le TVN permet d'ajuster leurs choix quotidiens en fonction de leurs restrictions personnelles.

Des épiceries vont au-delà de la réglementation
Notre service à la clientèle est contacté tous les jours pour avoir ce genre de renseignements
, constate Guy Castonguay, directeur principal de la restauration pour Avril Supermarché Santé.
Faut-il repenser la réglementation?
Le règlement est comme il est. Si le gouvernement souhaite le changer, on pourra être entendu au même titre que tous les gens qui sont intéressés
, dit Pierre-Alexandre Blouin.Une épicerie de quartier n’a pas les mêmes moyens qu’une grande chaîne qui, par exemple, peut avoir de grandes cuisines et du personnel qui va permettre de suivre une recette standardisée, puis de faire les choses de façon rigoureuse.
Si ce secteur vient chercher autant de milliards, c’est que la demande est là, conclut la spécialiste. C’est un secteur de l'alimentation qui mériterait qu'on s'y attarde davantage.
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